Le Becquet
Situé sur la commune de Bourth, le Becquet est un éperon de maçonnerie construit au 12ème siècle par le roi d'Angleterre et duc de Normandie, Henri Beauclerc, fils de Guillaume le Conquérant, pour amener l’eau de l’Iton vers la ville nouvelle de Verneuil.
Un site chargé d'histoire
Lorsque Guillaume II le bâtard, duc de Normandie, construisit la forteresse de Breteuil pour assurer la défense de son duché contre les invasions de ses voisins français, il dérive le cours de l’Iton au niveau de Francheville pour alimenter les fossés de la forteresse. Cinquante plus tard (1120) son fils Henri 1er Beauclerc, duc de Normandie et roi d’Angleterre, entreprend de construire une ville forte qui sera Verneuil.
Pour remplir d’eau les fossés de la ville, il est envisagé d’utiliser les eaux de l’Avre, cependant le projet a deux inconvénients : l’Avre est en territoire Français et il est en contrebas de la ville. Les ingénieurs hydrauliciens normands décident que la prise d’eau doit se faire plus en amont pour obtenir une pente suffisante et permettre l’alimentation des fossés. On construit alors l’ouvrage du Becquet et l’on creuse deux nouveaux canaux.
Le premier, qui s’étire sur 13,5 kilomètres, se dirige vers Breteuil, le second canal ou « cours forcé » après un parcours de 16,5 kms se jette dans l’Avre au dessous du moulin de Bâlines, sans avoir oublié de remplir au passage les fossés de Verneuil. Ces deux fossés conçus dans un but prioritairement défensif servirent aussi à irriguer les champs riverains et à actionner de nombreux moulins.
Un monument à faire revivre
Cet ouvrage médiéval, classé monument historique depuis 2002, toujours en fonctionnement, est un patrimoine préservé et discret, véritable porte d’entrée de découverte de Normandie Sud Eure.
C’est pourquoi en 2026, l’Interco mène un vaste projet de mise en tourisme du Becquet qui verra le jour en 2027 à l’occasion du millénaire de la naissance de Guillaume le Conquérant.
Repères historiques
En huit siècles d’existence le Becquet fût la source de nombreux litiges entre Breteuil et Verneuil.
- Le 2 juillet 1689 un arrêt de la cour du parlement de Rouen « ordonne que le Becquet sera réparé aux frais des habitants des villes de Verneuil et Breteuil ».
- Le 8 mai 1714, lors d’une vérification de conformité du moulin de Malicorne situé à Francheville, Jacques Mabrez, qui a la charge du contrôle, constate que le Becquet est en très mauvais état ; étant crevé en plusieurs endroits. De plus les eaux refluent sur celles de Verneuil.
- Le 2 messidor an II , le représentant du peuple Beydier ordonne aux riverains du bras de Breteuil de reboucher les trous afin d’assurer assez d’eau pour la fabrique de canons.
- En 1808 Barthélémy Blin, maire de Bourth, obtient le rétablissement des prises d’eau du Trou de Botte et du Trou de Corne destinées à compenser l’assèchement du lit naturel de la rivière qui alimente les moulins.
- En 1808 le Becquet a été « reconstruit presque à neuf » pour la somme 6.300 francs (or).
- Une ordonnance royale du 31 juillet 1833 signée du roi Louis Philippe précise les durées des prises d’eau autorisées.
- Après avoir constaté que les vannages effectués par le moulin de Malicorne (à 2 km du Becquet vers Breteuil) provoque de fréquents reflux des eaux dans le bras de Verneuil le 25 juillet 1838 le maire de Breteuil écrit au préfet pour s’opposer au projet de curer le bras de Verneuil et de creuser son lit. La plainte est suivie d’effet puisque en 1843 on construit au Becquet un déversoir qui permet de mieux réguler les débits.
- En 1848 suite aux plaintes de propriétaires de prairies arrosées par l’Iton le préfet de l’Eure signe un arrêt définissant « un règlement d’office pour l’usine de fer de Bourth ».
- Un décret du 1er décembre 1852 « organise en syndicat les propriétaires riverains et les usines de la rivière d’Iton, à l’effet de proposer un projet de règlement sur la police, le curage et l’entretien de cette rivière ».
Ce règlement de 46 articles est mis en application par décret le 11 septembre 1857. - En octobre 1879, les maires de Verneuil et Breteuil réceptionnent les travaux de curage du Becquet, déjà exécutés en 1843 et qui le seront à nouveau en 2002.